Justification pédagogique

À quoi s’attendre d’un tel projet d’innovation pédagogique

Identification du problème à résoudre

Il y a des années que les chercheurs, les pédagogues, les historiens et les enseignants en histoire cherchent à savoir pourquoi plusieurs étudiants du secondaire éprouvent des difficultés dans l’apprentissage de l’histoire. Plusieurs éléments de réponse ont été proposés au cours des années, mais le fait demeure : beaucoup trop d’élèves échouent l’épreuve ministérielle en histoire. Sans remettre en cause la bonne volonté et le talent des enseignants en histoire, se pourrait-il que le problème vienne de la façon d’enseigner la matière ou de la matière elle-même ?Il arrive souvent que certains élèves éprouvent un blocage face à l’histoire. Pourquoi ? L’histoire n’est plus seulement l’apprentissage de dates et de faits, mais une matière dynamique. Nous nous sommes donc demandé comment nous pouvions intéresser les jeunes à l’histoire et la rendre plus significative pour eux.

Formulation d’une hypothèse de résolution

Après une intense réflexion, nous avons pensé que les jeunes ne se sentent peut-être pas assez interpellé par ce qui est enseigné dans le cadre des programmes d’études parce que cela ne les rejoint pas.  À leur âge, on n’est pas encore tout à fait conscient de nos racines, de ce qu’il y avait avant nous et de ceux qui ont façonné le territoire sur lequel nous vivons.  Quand on a 15 ou 16 ans, on croit que tout ce qui s’est passée il y a plus de 25 ans appartient à l’âge de pierre. De plus, à cet âge on est encore très concentré sur soi et ce qui se passe ailleurs ne nous intéresse pas encore terriblement.  On ne comprend pas encore comment ce qui se passe dans le temps et l’espace peut avoir des répercussions dans le temps et l’espace.

Ainsi, nous croyons que les jeunes vont être plus intéressés à l’histoire s’il s’agit d’une histoire qui les touche de plus près comme l’histoire locale ou régionale.  Nous vous présentons ici un des principes directeurs qui doit être présent dans un programme d’histoire. Il est tiré d’un article de Berger, Robitaille et Larochelle.

5e principe : Le programme permet de faire appel aux ressources de l’histoire locale.  Ce principe s’inscrit plus dans un contexte didactique que dans une prescription d’apprentissage et d’évaluation comme objet spécifique. L’ouverture à l’histoire locale permet de concrétiser les concepts dans le milieu et le vécu et ouvre un champ réel à la pratique de la méthode historique. [1]

Ainsi, les jeunes des Cantons de l’Est savent que leur milieu a été développé par des anglophones, ils y sont confrontés chaque jours, mais savent-ils pourquoi ?  D’ailleurs pourquoi parle-t-on des Cantons de l’Est.  Les jeunes de Sherbrooke connaissent le boulevard des Grandes-Fourches, mais savent-ils d’où vient ce nom?  Et si le territoire a été colonisé par des anglophones, comment se fait-il que la population francophone soit aujourd’hui majoritaire?  Se sont toutes des questions auxquelles nous nous proposons de répondre et qui, nous l’espérons, amènera les jeunes à poser un regard différent sur le milieu dans lequel ils vivent. 

Vérification de l’hypothèse

Forts de nos convictions, nous avons entrepris de monter un outil didactique qui pourrait être utiliser dans le cadre d’une leçon portant sur le peuplement des Cantons de l’Est.  Notre environnement pédagogique consiste en un site Internet portant sur les quatre grandes vagues de peuplement des Cantons de l’Est. Les élèves peuvent y trouver tous les renseignements pertinents sur le peuplement de la région.  Ils construiront eux-mêmes leur savoir de sorte qu’il n’y aura aucun enseignement magistral à dispenser.  Voici un extrait d’un article écrit par Denis Langlois et Gilles Forget qui appuie cette affirmation.

Toute la stratégie, toutes les activités n’ont qu’on seul but : amener l’élève à agir, à réfléchir, à organiser ses connaissances pour construire son savoir de façon efficace et persistante.  Nous gardons en effet toujours en mémoire que l’élève demeure « le premier agent de son apprentissage » et qu’en bout de course, c’est lui qui apprend. [2]

Bien sûr, quelques explications peuvent par contre être pertinentes.  Sur le site, nous proposons aussi aux élèves deux tâches d’apprentissage appelées « missions ». Après avoir lus tous les textes, les élèves doivent maintenant construire un tableau synthèse sur le peuplement des Cantons de l’Est.  Cette tâche peut se faire directement à l’ordinateur.  Nous sommes conscients qu’en utilisant ces nouvelles technologies, l’enseignant voit son rôle se modifier et nous croyons que ce sera que plus bénéfique pour l’apprenant.  Ce qui suit est tiré d’un article produit par Thérèse Laferrière de l’Université Laval et aborde les nouveaux rôles que ce voit confier l’enseignant par la venue des nouvelles technologies d’informations et de communications (ntic).

L'enseignante devra innover dans ses méthodes de travail : en faisant appel à un réseau d'experts tels que planificateurs, théoriciens en science cognitive, artistes, en jouant le rôle de guide dans la recherche de l'information : « guide dans l'infosphère », « courtiers en ressources », en expliquant plutôt qu'en apportant de l'information, en aidant à poser et à résoudre un problème, en co-apprenant à la manière d'un Grand Frère. [3]

Nous croyons que le fait de dépasser le support papier est un autre élément pouvant amener les jeunes à s’intéresser à l’histoire, comme le mentionne l’auteur Christian Laville dans un article sur la place et le rôle de l’histoire.  Dans le passage suivant, il démontre que l’élève a besoin de différentes formes d’enseignements pour bien intégrer la démarche historique et pour qu’il développe des affinités pour l’histoire.  « Initier à cette méthode, suppose des formes d’enseignements autres que magistrales et démonstratives.  Elles devront au contraires être actives et impliquer systématiquement l’élève dans l’exercice de la démarche ». [4] 

Au cours de leur lecture, les jeunes seront mis en contact avec des citations de gens ayant vécus ces événements.  Grâce à ces documents d’époque, les jeunes devront prendre conscience du côté réel et humain de l’histoire. Nous voulons les amener à considérer l’histoire non pas comme un passée lointain, mais comme une époque où des gens ont vécu, aimé et espéré tout comme eux.  De plus, les élèves vont voir des noms de personnages qu’ils connaissent déjà grâce à la toponymie des Cantons de l’Est. Galt et Moe ne seront peut-être plus seulement des rues et des rivières, amis des gens qui furent un jour en chair et en os.

Notre sujet, le peuplement des Cantons de l’Est, ne fait pas partie directement du programme d’histoire de secondaire IV. Malgré tout, à la lecture du programme, on peut remarquer des liens possibles avec plusieurs objectifs entre autres : l’objectif 3.2- Conséquence de l’Indépendance américaine, parce que nous touchons de plus près à l’arrivée des loyalistes sur le territoire.  De plus, le travail recoupe d’autres objectifs :  1.1.3- Organisation socioculturelle des Iroquoiens et des Algonkiens : Origines des Amérindiens ; 2.1.2- Rôle et fonctionnement du système seigneurial : Aménagement du territoire ; 4.1.4- Société du Bas-Canada : Immigration.  Puisqu’il s’agit d’un sujet qui n’entre pas directement dans le programme d’étude nous proposons d’utiliser seulement une période pour la réalisation de cette activité.  Nous croyons qu’une période de 75 minutes est suffisante pour effectuer la mission.  Enfin, nous croyons aussi que cette activité peut se faire à plusieurs moments dans l’année. Comme déclencheur, après le module 4 pour faire une synthèse de ce qui a été vu ou en fin d’année comme élément de révision. Il y a vraiment place à la liberté.

Conclusion

Pour terminer, nous croyons que de parler d’une histoire qui touche les jeunes de plus près, parce qu’il s’agit de l’histoire de leur milieu, amènera les élèves a apprécié l’histoire.  De plus, l’utilisation du support Internet pour toute la durée de l’activité contribuera à trouver l’expérience différente et intéressante pour les élèves.  Par l’élaboration d’un tableau synthèse, les élèves seront amenés à dégager eux-mêmes les éléments caractéristiques de chaque vague d’immigration à partir des textes fournis, ce sera à eux de s’investir pour construire leur savoir.  Nous parlons d’un sujet précis, le peuplement des Cantons de l’Est, mais qui est en étroite relation avec tout ce qui se passe au pays que ce soit économiquement, politiquement ou culturellement.  Les élèves n’auront pas d’autres choix que de prendre conscience du caractère universel de l’histoire, comme quoi les événements dépassent le cadre d’une ville ou d’une région.

Références - Justification pédagogique


[1] BERGER, Gilles, et al., « Vers une approche de définition du domaine en histoire générale », Bulletin de Liaison SPHO, p. 28.

[2] FORGET, Gilles et LANGLOIS, Denis, « La situation d’apprentissage », Traces, p. 70.

[3] LAFERRIÈRE, Thérèse, « L'intégration des NTIC et ses exigences pédagogiques », Université Laval, http://www.tact.fse.ulaval.ca/fr/html/saqcatic.html

[4] LAVILLE, Christian, Place et rôle de l’enseignement de l’histoire principalement dans l’enseignement secondaire pour la formation de l’homme du XXe siècle, p. 32.

 

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Le peuplement des Cantons de l'Est