L'IMMIGRATION VENANT DES ÎLES BRITANNIQUES ET DES AMÉRICAINS (1820-1850)

Des Britanniques

La troisième grande vague d’immigration dans les Cantons de l'Est débute vers les années 1820, alors qu’en Europe la fin de la guerre napoléonienne de 1815 a mis plusieurs soldats en chômage. Quelque cinq milles immigrants britanniques ont donc vu les Cantons de l'Est comme lieu idéal pour débuter une nouvelle vie.  Les années passèrent toutefois sans que le taux de population ne soit satisfaisant dans la région. Le gouvernement demanda à Londres d’intervenir. D'autant plus, qu'au même moment dans les basses-terres du Saint-Laurent, la population francophone grandissait à vue d’œil.  C’est ainsi que la Couronne britannique incita des hommes d’affaires à fonder la British American Land Company, communément appelée BALC ou Balco, pour coloniser les Cantons de l’Est. Cette compagnie immobilière acheta, en 1833, 850 000 acres de terres et tenta de les vendre à des immigrants britanniques, qui ont profité d’une surpopulation et d’une dépression de l’agriculture en Grande-Bretagne pour venir en Amérique du Nord.

La Balco ne retire pas les profits escompté de ses activités de colonisation. Alors au bord de la faillite, Alexander Tilloch Galt viendra sauver la compagnie. Galt proposera d'ajouter le développement industriel de Sherbrooke aux objectifs de la compagnie. En misant sur le potentiel hydraulique du site de Sherbrooke, spécialement de la gorge de la rivière Magog, Galt amorcera le processus d'industrialisation de la ville. La bourgeoisie locale se développera rapidement et elle gagnera l'appui précieux des hommes d'affaires de Montréal. Un chemin de fer entre Montréal et Portland, via Sherbrooke sera construit: Sherbrooke deviendra alors un lieu de transit et un relais important. Le Gouvernement du Canada-Uni accordera alors le statut de ville à Sherbrooke en 1852. Quant à lui, Alexander T. Galt a eu une carrière de premier plan en politique national. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des père de la confédération.

Des Irlandais

Un second petit groupe d’immigrants catholiques sont arrivés de l’Irlande dans les années 1820 sur les terres.  En réaction à l’union de l’Irlande à l’Angleterre, ces paysans pauvres ont fait leur apparition dans le canton d’Ireland (Mégantic). De 1840-1849, un regroupement plus important d’Irlandais, environ 3 000, dans les Cantons de l’Est s’est d’abord localisé sur le chemin Craig vers Richmond et au Nord de Shefford. Plus tard, ils se dispersèrent et ils occupèrent plusieurs autres cantons (Eaton, Tingwick, Lingwick, Kingsey, Dumham, Ely, Magog, Wolfestown). Ces colons vivaient des petites industries locales (métiers de base : charpentiers, manufacture pour construction et matériaux agricoles) et de l’agriculture.  Le motif majeur de leur venu d’Europe est la grande famine qui toucha profondément l’Irlande en 1845-1847.  Pendant ces années noires, on recensa pas moins d’un million de morts.

En ville, à Sherbrooke, les clivages sociaux étaient très marqués. Pour ceux qui n'était ni marchants, ni propriétaires fonciers, ni hauts fonctionnaires, la vie n'était pas toujours facile. Laissons parler Carey McLellan Hyndman, un petit fonctionnaire irlandais: 

« Je m'appelle Carey McLellan Hyndman, de religion anglicane. J'ai quitté Londondery en Irlande en 1819 et je suis arrivé à Québec. Depuis 1822, je suis à Sherbrooke où j'exerce les fonctions de gardien du Palais de justice et de crieur public. En 1830, j'ai envoyé une pétition au gouverneur Kempt afin d'obtenir une concession de terre dans le township de Dudswell. J'ai en effet beaucoup de peine à nourrir ma famille de quatre enfant avec mon maigre salaire de 19 Livres [environ 72$ aujourd'hui] par an. Depuis huit ans, j'ai enduré nombre d'épreuves dans le vieux et pauvre logement que j'occupe au Palais de justice de Sherbrooke. De plus, j'aurais plusieurs griefs de nature professionnelle à formuler mais je préférerais les exprimer lors d'une meilleure occasion. » [1]

Des Écossais

Des immigrants d’Écosse habitent aujourd’hui le comté de Compton, mais ils ont d’abord colonisé les Cantons de Lingwick, Hampden, Whitton, Winslow-sud (Stornoway) et Marston.  Vers 1836, la BALC invita quelques familles écossaises à s’établir au village de Victoria, près de Scotstown et elle veilla à leur approvisionnement.  La plupart d’entre elles se sont ensuite installées dans les cantons voisins, sur des terres de bois francs.  On dit des Écossais qu’ils étaient des hommes bien bâtis et grands qui ne craignaient pas l’isolement en forêt. Ils vivaient de la transformation des cendres du bois (potasse), avec laquelle ils allaient à Stornway échanger des vivres. Certains travaillaient à la construction du chemin de fer Saint-Laurent et Atlantique à Sherbrooke.

D’autres Écossais sont venus vers 1845 et sont débarqués à Saint-François pour aussi acquérir des terres forestières.  Comme la BALC possédait la plus grande partie du canton de Lingwick, les Écossais ont été forcés de partir dans les cantons voisins.  Puis, en 1851, le gouvernement donna des terres gratuitement et une centaine de familles se sont établies dans Hampden, Whitton, Winslow-sud et Marston.  Plusieurs raisons expliqueraient leur venus dans les Cantons de l’Est.  Les négociations difficiles et répétées avec les landlords leur donna l’envie de posséder leur terre et d’y vivre paisiblement avec leur famille.  De plus, le Canada leur était vanté et était considéré comme un endroit où il était facile de s’établir.  Vers 1880, plusieurs jeunes des familles écossaises se sont rendus vers l’Ouest, attirés par les terres de blé « sans roche ni arbre ».  En conséquence, peu d’enfants ont renouvelé leur patrimoine et la majorité ont dû se franciser avec la venus des francophones.

Des Américains

Il y eu enfin une deuxième vague d’Américains sur les terres des Cantons de l’Est. Les enfants des loyalistes et d’autres y sont venus par désir d’acquérir des terres agricoles. 1820 correspond à une reprise de l’immigration américaine de la Nouvelle-Angleterre vers les Cantons de l'Est.  Ils sont arrivés majoritairement par voie d’eau (il était donc impossible de s’y rendre l’hiver !), car les routes étaient inefficaces.  Cette population s’est d’abord installée à Montréal et dans les comtés de Huntingdon, Missisquoi et Beauharnois.  Ces dizaines de milliers d’anglophones étaient principalement des artisans, des professionnels et des entrepreneurs.  On note d’ailleurs la présence de grandes compagnies de terres tenus par des Américains dans les années 1830.

 


[1] KESTEMAN, Jean-Pierre. Histoire de Sherbrooke Tome 1: De l'âge de l'eau à l'ère de la vapeur (1802-1866), p.70.

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Le peuplement des Cantons de l'Est